BARON NOIR d’Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon

La création originale de Canal + nous a présenté, en compétition dans la catégorie Série, les deux premiers épisodes d'une série politique forte et osée.

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Je ne vais pas vous pitcher le synopsis ( ue vous pouvez retrouver : ici ) mais plutôt vous donner mes impressions, car finalement, c'est une série qui appelle à la réflexion, voire à la réaction.

Tout d'abord, j'ai trouvé le rythme excellent avec des montées en pression bien calibrées, l'écriture fluide et le casting très juste. Des plans très intéressants de la ville de Dunkerque, car oui, ça fait du bien de voir la France, et surtout de voir les caractéristiques de la ville savamment mises au service de cette fiction.

Mais très vite une réelle impression de malaise s'est emparée de moi et, de façon palpable, d'une bonne partie du public.

Ce n'était pas la série en elle-même qui en était la cause, mais plutôt les questions qu'elle soulevait. Il avait été clairement signalé que bien qu'étant une fiction, cette série était écrite par des scénaristes ayant eux-mêmes été politiquement engagés pendant plusieurs années, et donc inspirée de « faits et mœurs » réels.  J'ai donc été d'abord très étonnée, puis choquée et finalement totalement abasourdie.

Eric Benzekri  annonce d’ailleurs la couleur : «  Cette série n'est pas faite « pour vous dégoûter » de la politique, mais au contraire : il s'agit de montrer  comment ça se passe dans un premier temps (d’où ces deux premiers épisodes un peu durs à encaisser) pour ensuite faire comprendre que la politique peut encore être un moyen réel de faire évoluer les choses dans le bon sens… »

Il était  donc, d'après lui, indispensable d'entrer dans les coulisses de ce monde « par la porte douteuse» afin d'accrocher le public, et de lui donner ensuite envie d'aller au-delà de cet aspect.

Cela se traduit par une entrée en la matière très violente: on assiste sans détours aux jeux de pouvoirs, de manipulations, d'argent et d'égo qui régissent le système , et qui en somme, nous font penser que si l'enfer est pavée de bonnes intentions, la politique n'a rien à lui envier.

Après la projection, nous avons assisté aux échanges entre les scénaristes, accompagnés de Dominique Jubin ( Directrice adjointe de la création originale) et les spectateurs, et j'ai relevé 3 réactions qui feront sans doute écho à tous ceux qui regarderont la série :

 « Avez-vous montré cette série à des hommes politiques ? » (la réponse et oui, mais nous n'avons pas su quelles avaient été leurs réaction, et nous avons également appris que le Président avait également demandé à voir la série…)

« Mais quel est votre message finalement ? » (paradoxalement, un message « d'espoir » semble-t-il…)

« C'est pas vrai que tout le monde est pourri comme ça dans ce secteur… » ( RIRES)

J'avoue faire partie d'une génération totalement désabusée par la politique, peu engagée, pour ne pas dire complètement désengagée. Les deux premiers épisodes de cette série ont été pour moi bien plus révélateurs que l'annonce du dernier scrutin des régionales.  Après j'ai conscience de n’être pas une référence ( car oui, on peut encore faire découvrir l'eau tiède à quelqu'un qui n'a jamais ouvert un robinet). J'en suis donc venue à me demander pourquoi en étant aussi déconnectée de la « vraie politique »  j'avais été si secouée par cette fiction.

La réponde m'est venue assez vite : parce que la série est ancrée dans un le contexte actuel et traitée avec le plus de réalisme possible, j'ai eu pour la première fois (et paradoxalement)  l’impression de voir de façon authentique et transparente la micro sphère politique française.  Car seule la fiction peut se permettre d'aller à ce point dans l'intimité de ces protagonistes, de montrer la vérité tout entière de ces personnages, le meilleur comme le pire. On ne leur fait pas confiance, mais au moins, on sait exactement pourquoi.

Autant dire que j'attends la suite avec impatience, car en plus de me divertir, cette série m'a donné à réfléchir…coup d'envoi de ce boulet de canon le 8 Févier sur Canal + !

Céleste