FIPA 2017: Crime Time – Projection de la 1ère saison et rencontre avec l’équipe

* FIPA D'OR du meilleur scénario dans la catégorie SÉRIES*

Ce jeudi 26 janvier au soir était projetée au FIPA, la première saison de Crime Time au format innovant : 7 épisodes de 12 minutes.

La série raconte l'histoire atypique d'Antonio Padaratz, un « pauvre petit flic » venant des favelas, qui se laissant initialement corrompre en vendant des images de scènes de crimes, devient Tony Padaratz, un célèbre présentateur de télévision au Brésil. Chaque soir, il fait grimper les audiences comme jamais. Homme puissant, Tony arrive à la tête d'un show télévisé qui emmène les spectateurs aux premières loges de règlements de comptes sanguinaires. Son ascension cache bien des affaires sordides, ce qui va attirer la curiosité et le soupçon d'un de ses anciens collègues et meilleur ami.

Outre la qualité cinématographique de la réalisation, l'efficacité de la narration ou encore le dynamisme des personnages, la force de cette série tient entre autre à la sympathie que le spectateur réussit à avoir envers cet homme pourtant réellement abominable et exécrable. Surtout, la surprise est d'autant plus grande lorsque l'on apprend que ce récit est tiré d'une histoire vrai, celle d'un certain Wallace Souza. L'homme est en réalité un ex-policier de Manaus, devenu animateur brésilien star grâce au programme « Canal Livre ». Soupçonné d'avoir commandité des meurtres pour enrichir le contenu de son émission, il a par ailleurs été député pendant 20 ans. Wallace a été un des hommes les plus recherchés du Brésil, il décédé en 2010.

Suite à cette projection au succès certain, à en écouter les réactions unanimes du public, un moment d'échange à eu lieu entre la salle et l'équipe du projet.

Gilles GALUD, producteur et directeur général de Studio+ (plateforme de production et de diffusion), mettait en avant la spécificité de ce nouveau format 10 x 10min. Au-delà de la durée d'un épisode, le public visé est un public exigeant, qui a une certaine culture des séries et qui se désintéresse de la télévision. Ces petites séries doivent donc s'adapter à l'exigence scénaristique du spectateur. Ainsi, c'est la qualité qui prime avant tout. D'où le fait qu'il faille par exemple s'accorder avec l'histoire racontée, ce qui peut donner un format relativement différent allant par exemple jusqu'à 12 minutes. C'est par ailleurs précisément cette durée qui fait que ce type de séries est fait pour les smartphones. Le temps de disponibilité des gens pour regarder une fiction n'est pas totale. Il peut par exemple correspondre à la durée d'un trajet de métro. C'est en cela que Studio + a voulu créer un nouveau format s'adaptant au rythme de consommation du spectateur. Ainsi, il peut s'il le désire visionner séparément les différents épisodes d'une saison, mais on vous prévient, à l'instar de Crime Time, difficile de ne pas vouloir les voir tous à la suite, d'autant plus que la durée totale correspond à celle d'un film.

Les deux co-producteurs, respectivement de chez 22h22 et John Doe Production, spécifiaient que cette série française tournée au Brésil, bénéficiait déjà de 2 autres saisons dirigées par le même réalisateur, la 3ème étant actuellement en post-production.

Julien TROUSSELIER, le réalisateur, qui découvrait pour la première fois son film sur un grand écran, était ravi et impressionné par le résultat, quand bien même cette série a été tournée pour des smartphones et non pas pour le cinéma ou la télévision. En réalité, si le projet est pensé pour un visionnage sur petit écran, il est tourné comme une série ou un long-métrage. Il précisait par ailleurs que c'était sa première fiction, travaillant d'ordinaire principalement pour la publicité. Julien T. qualifie ce projet de « vrai défit humain et professionnel » et pour cause, il avoue ne pas parler un mot de portugais, ce qui pour un tournage avec une équipe brésilienne ne semble pas évident. Mais pour lui, le principal du jeu d'acteur passe par les émotions qui sont universelles. Que l'on comprenne ou non une langue, on ''sent'' si le jeu sonne faux ou non.

Aurélien MOLAS, un des 3 co-créateurs et scénaristes de la série précisait qu'au-delà de l'excitation d'écrire un nouveau format, il y a aussi « un désir d'auteur d'écrire pour un réalisateur, d'affiner son regard et d'essayer de donner corps à ses envies et désirs à travers le scénario ». Il ajoutait par ailleurs que de l'histoire originale, il ne reste qu'une source d'inspiration de base, une trame narrative, et pour cause, une série HBO qui traitait du même sujet a reçu des menaces de morts de la part du fils de Wallace Souza et de la mafia.

Un CONSEIL, ces nouvelles productions 10×10 min sont à suivre. Elles promettent de belles surprises et un nouvel engouement ! À ce jour Studio+ bénéficie d'un catalogue de 38 séries courtes pour 4,99 euros par mois, de quoi trouver son bonheur !

Manon

FIPA 2017 : Arte et la marche du numérique

arte Source

A l'occasion de la 30ème édition du FIPA, Gilles Freissinier – directeur de développement numérique chez Arte France – a présenté les nouveaux projets de réalité virtuelle et de jeux vidéos de la chaîne.

La possibilité d'interaction qu'offre l'innovation digitale bouleverse complètement les codes de la dramaturgie. Arte fait ainsi l'expérience des formes de narrations hybrides à travers le jeu vidéo et la réalité virtuelle. « Le jeu vidéo n'est pas qu'une industrie, il est aussi un média de créativité, qui fait passer des messages, des points de vue d'auteurs » soutient le représentant de la chaîne. « La réalité virtuelle est quand à elle un nouveau moyen de raconter des histoires, de faire vivre des expériences » ajoute-t-il.

 

Antarctica, sur les marches de l'empereur, était l'un des projets phare présentés pendant la conférence. Ce projet de réalité virtuelle retrace une expédition en Antarctique, en écho au film La marche de l'empereur de Luc Jacquet. Le spectateur plonge en immersion dans ce qu'ont pu vivre les explorateurs.

 

Gilles Freissinier est conscient que la réalité virtuelle suscite encore des réserves, et reconnaît ses limites. « Elle est pertinente pour raconter certaines histoires. Je pense par exemple à un court-métrage dans lequel on transplante une intelligence artificielle à un étudiant cobaye. Il oscille entre la réalité et la fiction. Les efforts visuels numériques vont brouiller les perceptions. L'immersion en réalité virtuelle a son sens dans ce genre de projet ».

 

 

Pauline Collette

 

 

 

 

FIPA 2017: « Die Stille Danach » – Projection et Rencontre avec Nikolaus Leytner

Projection et rencontre avec l'auteur et le réalisateur du film

Die Stille Danach est une fiction austro-allemande de 88 min, réalisée et écrite par Nikolaus Leytner.

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Nikolaus Leytner est scénariste et réalisateur. La plupart de sa filmographie contient des drames, des policiers, mais on compte aussi des comédies.

Le film suit Paula Rohm, infirmière en chef, qui apprend à son travail qu'une fusillade a eu lieu dans l'école de ses enfants. Une fois sur place, l'horreur du drame s'intensifie: c'est son jeune fils qui est à l'origine de ce massacre, il s'est suicidé.

Face à l'incompréhension totale de ce geste, la mère se refuse d'abord à y croire, puis sous le choc, ne voulant pas perdre l'amour qu'elle a pour son fils, s'obstine à comprendre la raison de son acte, quitte à se retrouver seule contre tous. C'est aussi l'histoire d'une cellule familiale qui se fracture, où chacun à sa façon est rongé par la culpabilité. La mère, pour ne pas avoir su être présente quand son fils en avait besoin, la sœur, pour ne pas l'avoir pris au sérieux et n'avoir rien dit, et le père, pour s'être procuré l'arme en question.

Ce combat d'une mère quant au besoin de vérité et de réponses, face à la fin de vie tragique de son enfant, rappelle le téléfilm à la thématique forte, diffusé cette année sur France 3 Marion, 13 ans pour toujours.

Ici aussi, le fond du film est le harcèlement, car c'est précisément ce qui va pousser l'enfant à tuer cinq de ses camarades. C'est justement son intérêt pour la vie des gens ordinaires, et leur façon de réagir face à un événement horrible, qui a mené le scénariste à raconter cette histoire, qui plus est, par le biais de la mère qu'il trouvait être une perspective intéressante.

Felix, 14 ans, a toujours été un garçon calme, respectueux, contre toute violence. Il ne s'est jamais défendu car refusait de se battre. Mais, lorsqu'on le déshabille de force pour le filmer et diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux, c'est la fois de trop, il ne veut plus être une victime qui subit depuis des années. Il se retourne alors contre les responsables. De fait, nous est montrée une réalité commune, à savoir que la violence peut exister dans toutes les relations. L'amour et surtout le dialogue doivent être présents dans une famille, pour anticiper ce genre d'évènements.

Si le film ne raconte pas précisément une histoire vraie, il est pour autant inspiré de plusieurs cas similaires en Allemagne. Sur les quinze dernières années, on en compte trois. Mais pour Nikolaus Leytner, un drame de la sorte est déjà « la fois de trop ». Il ajoute qu'en réalisant un film sur un tel thème, il n'y a pas de réponse précise à donner, on peut seulement poser des questions et espérer que le public se les poses également. Dans le meilleur des cas, espérer que les familles parle avec leurs enfants. Ainsi, le problème principal pointé par ce téléfilm n'est pas l'accès aux armes. La législation en Allemagne n'autorise pas la mise en vente libre d'armes, mais comme partout il existe un marché noir, on peut facilement en acheter sur internet.

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Nikolaus L. a passé beaucoup de temps à construire le scénario. Selon ses mots, « c'est un privilège de l'auteur de pouvoir aller à la rencontre de ses personnages ». Il aime pouvoir les creuser et se pencher sur les relations qu'ils entretiennent. Ceci explique ses nombreuses recherches sur le sujet. Il est par ailleurs allé à la rencontre de familles concernées ou encore s'est intéressé à la manière dont la police travaille. Il a essayé d'imaginer comment cette mère s'y prend pour savoir et comprendre le pourquoi, de telle façon à ne pas perdre l'amour qu'elle a pour son fils.

En conclusion, Die Stille Danach est un film qui sonne extrêmement juste, tendu du début à la fin. La comédienne principale Ursula Strauss est exceptionnelle. Si elle est relativement connue dans son pays, c'est une des meilleures actrices selon le réalisateur, qui dès l'écriture la voyait pour incarner ce personnage. On assiste à des performances d'acteurs remarquables, sincères et profondes. Cette production a reçu de très bonnes critiques dans les journaux en Autriche et en Allemagne. Il serait d'ailleurs intéressant qu'il puisse être projeté dans les écoles en prévention.

Manon

FIPA 2017 : The Callboys : quand le testostérone est au service du second degré

The Callboys

« Une bonne dose de testostérone dans un espace restreint » : c'est le quotidien des Callboys, trois gigolos balourds qui s'associent pour vendre des godes personnalisés. Cette série belge est sans l'ombre d'un doute l'un de nos coups de cœur FIPA. Entre styles loufoques et sujets crus : le cocktail Callboys a tout pour déplaire au large public. Et pourtant, ce ton décalé a fait fusé les rires dans toute la salle.

 

Il faut dire que les auteurs ont le sens de l'auto-dérision. Pas une seule scène n'échappe au second degré. Dans The Callboys, on rit sans gêne du malaise et de l'absurdité des situations. Et si l'on rit, c'est parce-que l'on se reconnaît dans les attitudes irrationnelles des personnages. Derrière la caricature, les nuances et les complexités de chacun se révèlent progressivement. Fausses brutes et bons-vivants, ce trio d' « hommes objets » – comme ils le revendiquent – voient leurs sentiments et leurs ambitions changer. Sous le regard complice et amusé du spectateur.

La réussite de la série tient aussi de sa réalisation originale : des split screens, une adresse directe à la caméra, et un jeu d'acteur irréprochable.

 

Définitivement, on encourage les amateurs de second degré à visionner The Callboys !

 

Pauline Collette