UNREAL, les dessous machiavéliques de la télé-réalité

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Mercredi 20 janvier, nous avons assisté à la projection des deux premiers épisodes de la série UnReal. Cette série montre les coulisses de Everlasting, une téléréalité sur le modèle de The Bachelor, et suit Rachel Goldberg, le « sbire » de la production. Celle-ci a pour mission de créer des situations suffisamment dramatiques en manipulant les candidats afin d’assurer le show et de faire de la « bonne télévision » comme le déclare la productrice, Quinn King, une femme sans pitié prête à tout pour que son émission fasse de l’audience.

Rachel oscille entre coups-bas et culpabilité. Elle attire tantôt l’empathie par son autodestruction et ses états d‘âme et tantôt l’écoeurement par ses actes de manipulation en jouant la carte de la « confidente ». 

Les créateurs de Unreal, Marti Noxon et Sarah Gertrude Shapiro ont l’audace de s’attaquer à la télé-réalité, divertissement préféré des téléspectateurs. Exit la parodie, la série en démonte un à un les rouages.  Elle met en évidence la manipulation omniprésente et la scénarisation pointue au sein ce genre d’émission. Effectivement dans la télé-réalité, la réalité fait place à la télévision et non l’inverse. Devant ou derrière la caméra, personne n’est dupe, tout le monde calcule ses faits et gestes.

Certes, les événements scénaristiques sont souvent attendus, mais la mécanique instaurée ici fait son effet. Entre fascination, dégout et divertissement, la série saura trouver son public. Il est surprenant de pouvoir s’attacher à des personnages qui peuvent être parfois dénués de toute humanité et pourtant c’est possible. UnReal est une mise en abyme du procédé audiovisuel, une critique de la télévision par la télévision et c’est en ça qu’elle est intéressante. Elle nous confronte à notre propre voyeurisme.

Mélisande Girard

 

 

BARON NOIR d’Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon

La création originale de Canal + nous a présenté, en compétition dans la catégorie Série, les deux premiers épisodes d'une série politique forte et osée.

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Je ne vais pas vous pitcher le synopsis ( ue vous pouvez retrouver : ici ) mais plutôt vous donner mes impressions, car finalement, c'est une série qui appelle à la réflexion, voire à la réaction.

Tout d'abord, j'ai trouvé le rythme excellent avec des montées en pression bien calibrées, l'écriture fluide et le casting très juste. Des plans très intéressants de la ville de Dunkerque, car oui, ça fait du bien de voir la France, et surtout de voir les caractéristiques de la ville savamment mises au service de cette fiction.

Mais très vite une réelle impression de malaise s'est emparée de moi et, de façon palpable, d'une bonne partie du public.

Ce n'était pas la série en elle-même qui en était la cause, mais plutôt les questions qu'elle soulevait. Il avait été clairement signalé que bien qu'étant une fiction, cette série était écrite par des scénaristes ayant eux-mêmes été politiquement engagés pendant plusieurs années, et donc inspirée de « faits et mœurs » réels.  J'ai donc été d'abord très étonnée, puis choquée et finalement totalement abasourdie.

Eric Benzekri  annonce d’ailleurs la couleur : «  Cette série n'est pas faite « pour vous dégoûter » de la politique, mais au contraire : il s'agit de montrer  comment ça se passe dans un premier temps (d’où ces deux premiers épisodes un peu durs à encaisser) pour ensuite faire comprendre que la politique peut encore être un moyen réel de faire évoluer les choses dans le bon sens… »

Il était  donc, d'après lui, indispensable d'entrer dans les coulisses de ce monde « par la porte douteuse» afin d'accrocher le public, et de lui donner ensuite envie d'aller au-delà de cet aspect.

Cela se traduit par une entrée en la matière très violente: on assiste sans détours aux jeux de pouvoirs, de manipulations, d'argent et d'égo qui régissent le système , et qui en somme, nous font penser que si l'enfer est pavée de bonnes intentions, la politique n'a rien à lui envier.

Après la projection, nous avons assisté aux échanges entre les scénaristes, accompagnés de Dominique Jubin ( Directrice adjointe de la création originale) et les spectateurs, et j'ai relevé 3 réactions qui feront sans doute écho à tous ceux qui regarderont la série :

 « Avez-vous montré cette série à des hommes politiques ? » (la réponse et oui, mais nous n'avons pas su quelles avaient été leurs réaction, et nous avons également appris que le Président avait également demandé à voir la série…)

« Mais quel est votre message finalement ? » (paradoxalement, un message « d'espoir » semble-t-il…)

« C'est pas vrai que tout le monde est pourri comme ça dans ce secteur… » ( RIRES)

J'avoue faire partie d'une génération totalement désabusée par la politique, peu engagée, pour ne pas dire complètement désengagée. Les deux premiers épisodes de cette série ont été pour moi bien plus révélateurs que l'annonce du dernier scrutin des régionales.  Après j'ai conscience de n’être pas une référence ( car oui, on peut encore faire découvrir l'eau tiède à quelqu'un qui n'a jamais ouvert un robinet). J'en suis donc venue à me demander pourquoi en étant aussi déconnectée de la « vraie politique »  j'avais été si secouée par cette fiction.

La réponde m'est venue assez vite : parce que la série est ancrée dans un le contexte actuel et traitée avec le plus de réalisme possible, j'ai eu pour la première fois (et paradoxalement)  l’impression de voir de façon authentique et transparente la micro sphère politique française.  Car seule la fiction peut se permettre d'aller à ce point dans l'intimité de ces protagonistes, de montrer la vérité tout entière de ces personnages, le meilleur comme le pire. On ne leur fait pas confiance, mais au moins, on sait exactement pourquoi.

Autant dire que j'attends la suite avec impatience, car en plus de me divertir, cette série m'a donné à réfléchir…coup d'envoi de ce boulet de canon le 8 Févier sur Canal + !

Céleste

 Pitch Session » Série/fiction

Nous avons pu assister aux rencontres professionnels organisées lors du FIPA INDUSTRY.

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Le principe est simple : 6  projets sont présentés par leurs scénaristes à 6 producteurs selon le principe du « speed dating ».

Tout d'abord, un tour de table où les représentants des sociétés de productions, de chaînes ou network se présentent en 1 min.

Étaient présents : RAI, Makever, VPRO, Arte, CBC et Global Screen

Ils ont annoncé  leurs lignes éditoriales, les formats ou types de projets qu'ils recherchaient (série, unitaire, 3×52, la case du « jeudi soir »)

C’est ensuite au tour des scénaristes, seuls, en duo ou bien encore accompagnés de leur producteur de pitcher leurs projets : 2 séries et 4 fictions venues de France, de Belgique d'Espagne et du Chili.

J’avoue avoir été impressionnée par l’exercice. On pouvait ressentir les émotions des scénaristes, à la fois excités et inquiets, l’enjeu était de taille et la tension palpable : comment convaincre en 1 minute une audience, comment résumer une histoire qui se déroule parfois sur des heures, comment mettre en avant en quelques secondes des mois de travail…

Ils devaient également préciser s’ils recherchaient un producteur et/ou diffuseur, un soutien au développement, une coproduction, et s’ils bénéficiaient déjà de financement ou d’une aide du CNC.

Après quoi, venaient les « têtes à têtes », religieusement organisés et chronométrés par un écran d’affichage afin que chacun puisse se rencontrer et discuter plus en détails.

Impossible de savoir ce qu’il s’est dit et décidé à partir de là,  mais personnellement, j’ai trouvé cette session très intéressante.

Pour commencer, c’est un vrai gain de temps, pour tout le monde. Il y a dans ces rencontres un côté très « concret » et stimulant, des échanges à beaucoup de niveaux et on aperçoit les premiers rouages d’un processus de développement.

C’est également une bonne façon de voir naître des coproductions, d’avoir un aperçu des lignes éditoriales à venir de chacun et un baromètre de l’évolution de la fiction. Les festivals sont un lieu privilégié pour ce type de rencontre car le climat est assez enjoué tout en restant très professionnel.

En tant qu'étudiante, cela m'a permis de me confronter directement au milieu dans lequel je souhaite évoluer plus tard, et donc d’y être mieux préparée.

Céleste

 

 

 

 

 

 

 

Fauda

D’origine arabe, Fauda signifie « chaos », terme utilisé par les agents israéliens pour signaler ces moments où leur couverture ne fonctionne plus, les contraignant à disparaître rapidement.

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Basée sur les propres expériences des créateurs Lior Raz et Avi Issacharoff, la série raconte le quotidien d’une unité de mistaarvim, des soldats israéliens infiltrés sur le territoire palestinien à la poursuite d’Abu Ahmed, dit la Panthère, membre du Hamas que l’on croyait mort.

Dans Fauda, pas de jugement de valeur. Il ne s’agit pas de promouvoir ou encenser les forces spéciales israéliennes. Il ne s’agit pas non plus de réduire les Arabes au seul statut de terroriste sanguinaire. Au contraire, la série expose les différents de points de vue du conflit israélo-palestinien avec un équilibre maitrisé et le figure comme un affrontement de deux légitimités. « Montrer au monde quel est le prix à payer pour nos actions » est l’intention première de la série explique Lior Raz. 

Rien qu’avec ses deux premiers épisodes, nous pouvons dire que Fauda est une série qui mérite d’être suivie.

 

Claire Baudouin