Crossing Rachmaninoff de Rebecca Tansley

Ce documentaire néo-zélandais s’ouvre par l’afflux à l’écran d’énormes vagues océaniques qui semblent vouloir nous emporter. De même, la musique transporte, bouleverse une vie, et c’est l’objet de ce film qui se propose d’explorer la consécration d’un musicien à travers la préparation du pianiste Flavio Villani à son premier récital où il jouera le Concerto No 2 de Rachmaninoff.

Le documentaire explore le parcours de ce musicien, son choix tardif de devenir pianiste concertiste, ses doutes sur sa capacité à maîtriser son instrument et en particulier ce concerto parmi les plus difficiles à jouer. Le film s’attache également à interroger les réactions de ses proches : comment sa sensibilité artistique s’est développée malgré un père militaire autoritaire, comment son homosexualité a été difficilement acceptée par sa famille.

L’un des anciens professeurs de Flavio explique que « ce n’est pas nous choisissons la musique, c’est la musique qui nous choisit ». Le pouvoir de la musique est en effet si puissant qu’il permet à Flavio d’aller au bout de sa passion et d’affronter ses craintes en lui permettant de trouver une paix intérieure. Un calme et une paix magnifiquement illustrés par une séquence où Flavio se retrouve dans la nature et où, posant sa main contre l’écorce d’un arbre, il semble s’imprégner de son immuable sérénité.

               C’est donc l’histoire, profonde et touchante, d’une libération accomplie à travers le Concerto No 2 de Rachmaninoff, où les clés de l’interprétation du concerto ne sont subtilement dévoilées par Flavio qu’à la fin du documentaire, laissant au spectateur la possibilité de se laisser pleinement toucher par la musique.

 

Anne-Claire de Heredia