FIPA 2017: « Die Stille Danach » – Projection et Rencontre avec Nikolaus Leytner

Projection et rencontre avec l'auteur et le réalisateur du film

Die Stille Danach est une fiction austro-allemande de 88 min, réalisée et écrite par Nikolaus Leytner.

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Nikolaus Leytner est scénariste et réalisateur. La plupart de sa filmographie contient des drames, des policiers, mais on compte aussi des comédies.

Le film suit Paula Rohm, infirmière en chef, qui apprend à son travail qu'une fusillade a eu lieu dans l'école de ses enfants. Une fois sur place, l'horreur du drame s'intensifie: c'est son jeune fils qui est à l'origine de ce massacre, il s'est suicidé.

Face à l'incompréhension totale de ce geste, la mère se refuse d'abord à y croire, puis sous le choc, ne voulant pas perdre l'amour qu'elle a pour son fils, s'obstine à comprendre la raison de son acte, quitte à se retrouver seule contre tous. C'est aussi l'histoire d'une cellule familiale qui se fracture, où chacun à sa façon est rongé par la culpabilité. La mère, pour ne pas avoir su être présente quand son fils en avait besoin, la sœur, pour ne pas l'avoir pris au sérieux et n'avoir rien dit, et le père, pour s'être procuré l'arme en question.

Ce combat d'une mère quant au besoin de vérité et de réponses, face à la fin de vie tragique de son enfant, rappelle le téléfilm à la thématique forte, diffusé cette année sur France 3 Marion, 13 ans pour toujours.

Ici aussi, le fond du film est le harcèlement, car c'est précisément ce qui va pousser l'enfant à tuer cinq de ses camarades. C'est justement son intérêt pour la vie des gens ordinaires, et leur façon de réagir face à un événement horrible, qui a mené le scénariste à raconter cette histoire, qui plus est, par le biais de la mère qu'il trouvait être une perspective intéressante.

Felix, 14 ans, a toujours été un garçon calme, respectueux, contre toute violence. Il ne s'est jamais défendu car refusait de se battre. Mais, lorsqu'on le déshabille de force pour le filmer et diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux, c'est la fois de trop, il ne veut plus être une victime qui subit depuis des années. Il se retourne alors contre les responsables. De fait, nous est montrée une réalité commune, à savoir que la violence peut exister dans toutes les relations. L'amour et surtout le dialogue doivent être présents dans une famille, pour anticiper ce genre d'évènements.

Si le film ne raconte pas précisément une histoire vraie, il est pour autant inspiré de plusieurs cas similaires en Allemagne. Sur les quinze dernières années, on en compte trois. Mais pour Nikolaus Leytner, un drame de la sorte est déjà « la fois de trop ». Il ajoute qu'en réalisant un film sur un tel thème, il n'y a pas de réponse précise à donner, on peut seulement poser des questions et espérer que le public se les poses également. Dans le meilleur des cas, espérer que les familles parle avec leurs enfants. Ainsi, le problème principal pointé par ce téléfilm n'est pas l'accès aux armes. La législation en Allemagne n'autorise pas la mise en vente libre d'armes, mais comme partout il existe un marché noir, on peut facilement en acheter sur internet.

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Nikolaus L. a passé beaucoup de temps à construire le scénario. Selon ses mots, « c'est un privilège de l'auteur de pouvoir aller à la rencontre de ses personnages ». Il aime pouvoir les creuser et se pencher sur les relations qu'ils entretiennent. Ceci explique ses nombreuses recherches sur le sujet. Il est par ailleurs allé à la rencontre de familles concernées ou encore s'est intéressé à la manière dont la police travaille. Il a essayé d'imaginer comment cette mère s'y prend pour savoir et comprendre le pourquoi, de telle façon à ne pas perdre l'amour qu'elle a pour son fils.

En conclusion, Die Stille Danach est un film qui sonne extrêmement juste, tendu du début à la fin. La comédienne principale Ursula Strauss est exceptionnelle. Si elle est relativement connue dans son pays, c'est une des meilleures actrices selon le réalisateur, qui dès l'écriture la voyait pour incarner ce personnage. On assiste à des performances d'acteurs remarquables, sincères et profondes. Cette production a reçu de très bonnes critiques dans les journaux en Autriche et en Allemagne. Il serait d'ailleurs intéressant qu'il puisse être projeté dans les écoles en prévention.

Manon