FIPA 2017: Interview de Nicole Collet, productrice de Manon 20 ans

Nicole Collet, productrice chez Image et Compagnie, a travaillé sur 3 x Manon & Manon 20 ans. Cette femme très investie dans son travail, et adepte de la production artisanale, comme elle le dit, a accepté de répondre à nos questions. 

 

Comment est né le projet ?

Je suis allée voir Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez au Fipa il y a quelques années, avec l’envie de travailler sur les adolescents en difficulté. Puis Antoine est arrivé avec Manon, ce qui intéressait beaucoup JX ce n’était pas seulement la violence d’une enfant qui se surmonte mais davantage la relation à une mère toxique. On a confondu nos deux intérêts et c’est devenu Manon.

Vous avez rencontré des difficultés à vendre le projet?

Non, on a rencontré aucune difficulté. L’idée avait déjà intéressée Arte. Les boîtes de production vendent les projets avec quelques pages puis ensuite on a une convention d’écriture avec la chaîne. Dans le principe le sujet était vendu et quand j’ai donné les trois premiers synopsis de 3 x Manon à Arte, il n’y avait aucune discussion possible. C’était déjà tellement bien, tellement émouvant, tellement formidable, que ça a continué comme ça. C’est exceptionnel mais tout s’est bien passé.

Pouvez-vous nous parler du casting?

Le plus gros enjeu c’était la recherche de la jeune fille, pour que tout fonctionne il fallait évidemment trouver une Manon. On a lancé le casting très tôt. Dès que l’on a eu les premiers essais d’Alba Gaia Bellugi, Jean-Xavier et moi on était sûrs que c’était elle. Avant même de la faire valider par le diffuseur, je l’ai mise sous option. Je voulais être sûre que ce soit elle. Après ça a été assez formidable, on a trouvé Oulaya Amamra et Jisca Kalvanda qui ont par la suite joué dans Divines (film de Houda Benyamina). Elles n’avaient rien fait avant.

Est-ce que c’est risqué de prendre des actrices inconnues justement?

C’est toujours un risque bien sûr. Mais quand on engage des gamines, on sait bien qu’elles ne sont pas connues. En revanche on prenait moins de risque avec Marina Foïs qui a accepté de jouer la mère. Les castings, c’est un équilibre, on prend des gens inconnus et des connus.

Quel est le film ou la série le/la plus risqué(e) que vous ayez produit(e)?

L’année dernière j’ai tourné avec un petit enfant autiste. Un film pour France 2 qui s’appelle Presque comme les autres de Renaud Bertrand. Une adaptation du livre de Francis Perrin (Louis pas à pas) qui raconte l’histoire des deux premières années de son enfant. On a décidé de tourner avec un enfant autiste, et c’était assez difficile. On s’est demandé comment ça allait se passer. Finalement, ça s’est miraculeusement bien déroulé.

Ce que je crois c’est que les projets doivent être mûris, pensés, conçus entre diffuseurs, réalisateurs, producteurs et scénaristes de manière absolument soudée, dans la même optique. Dans le même désir de raconter ce que l’on veut raconter. Si on a tout cela au départ, après ce n’est plus que du travail et du métier.

Je travaille comme cela, mais ce n’est pas toujours le cas. Je pense que les bons projets ne sont que ceux-là. Quand on ne va pas dans tous les sens.

Comment accompagnez-vous les scénaristes et les réalisateurs?

Moi je suis une productrice un peu artisanale. C’est à dire que je fais tout. Je travaille du début à la fin sur les projets, il y en a d’autres qui travaillent autrement, qui ont des directeurs littéraires, ce n’est pas mon cas. La formation littéraire c’est ce qui m’intéresse au premier chef, les scénarios… En général j’ai l’idée de thème, ensuite je choisis les scénaristes et c’est moi qui dirige les écritures. Je fais toujours le pont entre mon sentiment sur les textes et le diffuseur. On ne peut pas aller contre un diffuseur, ça n’existe pas. Je choisis le metteur-en-scène, puis on travaille ensemble avec le diffuseur. Et on présente à la chaîne: un casting, des chefs de postes techniciens, je cherche les financements complémentaires, il en faut toujours un peu. Ensuite on passe au devis, en général j’essaie de faire avec le réalisateur en disant j’ai tant d’argent, il faut que ça me rapporte tant pour que ma société continue de vivre. On a toujours un premier plan de travail ‘explosif’ comme on l’appelle, alors on voit ensemble où est-ce que l’on tronçonne. C’est toujours des renoncements par rapport à l’économie, surtout sur Arte où le financement est très petit.

Moi je fais ce travail que je hais, c’est-à-dire discuter des cachets des acteurs principaux avec les agents, on discute comme des marchands de tapis. Enfin il y a un directeur de production qui arrive quand on est en préparation, il va être sur le tournage et il va faire le ‘radin’ sur tout. Les impératifs économiques sont énormes, on essaie d’en discuter tous ensemble pour que ça rentre dans un budget en gardant ce que l’on veut d’un point de vue artistique.

Comment est arrivé Manon 20 ans?

On avait décidé de donner une suite à Manon, avant d’avoir le FIPA d’or. On s’est réuni avec Antoine et Jean-Xavier, on s’est dit 20 ans c’est le travail et l’amour. Ils ont commencé à écrire des synopsis qu’on a donné à lire à Arte, il y avait un problème de contenu qui n’allait pas, une orientation donnée à laquelle la chaîne et moi ne croyions pas, on a changé. Ensuite ça s’est fait assez simplement, on n’a pas eu de problème sur le casting. Tout se fait en collaboration.

Une suite à Manon ?

On n’y a pas pensé pour l’instant, sauf qu’hier la présidente d’Arte, Véronique Cayla, nous a dit “Alors, alors on fait une Manon 3?”. On verra, mais pas tout de suite car il faut se renouveler. Ce qui est intéressant c’est d’un point de vue du marché car six épisodes ça se vend bien à l’étranger, alors que trois ça ne veut rien dire à l’international. Si un jour j’en ai neuf, ça va être formidable. Mais Antoine Lacomblez (le scénariste) n’est pas contre, il ne pouvait pas écrire la dernière scène de Manon, il avait l’impression qu’il perdait sa fille.

 

 

 

Pauline & Caroline