Henry de Philipp Fussenegger

 

Le personnage principal de ce film autrichien se prénomme Henry. Passionné par l’orgue, ce jeune adolescent silencieux et réservé fait son entrée, en cours d’année, dans un établissement d’enseignement musical prestigieux. Il est d’emblée la cible des moqueries de ses camarades qui perçoivent en ce garçon associable une proie facile à brimer.  Eric en particulier, alter ego trublion d’Henry, voit en lui un sérieux adversaire dont le talent pourrait remettre en question son statut jusqu’alors incontesté d’organiste prodigieux.

Une escalade de haine se met en place, rythmée par la musique, dans le jeu angoissant d’un clair-obscur alternant jours et nuits, ombres d’une cave où Henry s’entraîne dans la solitude et où s’entassent les vestiges d’instruments oubliés, et lumières des salles blanches de répétitions collectives.

La force d’Henry, ce sont ses mains. Des mains qui souffrent, ainsi que l’indique l’affiche du film montrant un clavier tâché de sang. Henry est prêt à tout sacrifier à son art, mais il lui manque quelque chose. Son professeur, qui a remarqué son talent, lui fait jouer l’Andantino de la Sonate en La Majeur de Schubert, lui-même en son temps élève introverti  et solitaire, en lui demandant de prêter plus d’attention aux nuances du morceau, à ce que son auteur cherchait à dire. Ce qu’il manque à Henry, c’est l’interprétation, la parole dans le jeu musical.

Ces mains qui glissent avec aisance sur les touches de l’orgue ou du piano doivent apprendre à exprimer ce que la parole se refuse à dire.

 

Anne-Claire de Heredia