FIPA 2017: MEET-UP : Editeur – Producteur – Auteur [Retranscription]

Pour ce meet-up étaient présents Claire Barré et Jimmy Desmarais. Alain Layrac en était le modérateur.

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Claire BARRÉ est une scénariste et auteure de romans. Elle a commencé sa carrière en tant que comédienne pendant une dizaine d'années, puis s'est tournée vers l'écriture pour le théâtre et la télévision. N'étant pas totalement épanouie, elle décide d'écrire son premier roman Ceci est mon sexe. C'est l'adaptation en série télévisée de ce dernier qui a fait l'objet de cette rencontre. Elle anime par ailleurs des ateliers d'écriture scénaristique au CEEA (Conservatoire Européen d'écritures audiovisuelles), la FEMIS ou encore à l'université Paris X.

Jimmy DESMARAIS est producteur chez « Atlantique productions » (société récemment à l'origine de la série Jour polaire, diffusée sur Canal+). Après une formation à Sciences Po, il enchaîne avec le CEEA pour finalement travailler chez « Haut et court » (Les revenants, Xanadu, ou encore Silex and the city).

Stéphane MILLION, éditeur du livre Ceci est mon sexe, n'a finalement pas pu se déplacer pour ce meet-up.

Alain LAYRAC, scénariste de télévision et de cinéma, était le modérateur de cette rencontre.

Il est entre autres co-créateur de la série Une famille formidable, diffusée sur TF1 depuis 1992, et dirige également des ateliers au CEEA ou encore à la FEMIS.

Processus d'adaptation du roman à la série

À titre informatif, ¾ du cinéma français sont des adaptations de livres, tandis que pour les séries on en compte ¼ (Game of Thrones, Sex and the city, ..). Il semble par ailleurs y avoir une tendance à adapter des pièces de théâtre au cinéma.

Ceci est mon sexe, est actuellement en développement pour une série de cinq épisodes d'une heure chacun. Claire B. et Alain L. en sont les co-auteurs, avec pour producteur Jimmy D.

Pour Alain L., il faut réussir à lâcher un livre pour pouvoir l'adapter, ce qui est un processus difficile. Pour que Claire B. se détache de son œuvre, ce ne sont pas moins de six versions de cinq synopsis de dix pages qu'elle a dû écrire avec son co-scénariste Alain. Il aura fallu un an pour qu'elle se dise qu'elle faisait une création originale. Si ce processus a été long, c'est que, selon ses mots, le roman de base est ''baroque et touffu'', et qu'il a donc été nécessaire de prendre le temps d'oublier le roman, pour en faire une sorte de nouvelle œuvre. Son roman existe malgré tout, ce qui permet de faire le deuil de cette forme de trahison qu'est l'adaptation.

Claire Barré explique qu'elle a donc bien vécu la naissance de son deuxième enfant (après son premier : le livre), puisqu'elle a notamment pu co-écrire cette adaptation du fait de son statut initial de scénariste. Par ailleurs, elle précise qu'elle n'aurait jamais pu le faire seule car elle aurait manqué de distance. Pour elle, le fond reste le même, c'est la forme qui est différente. Elle est fascinée par cette nouvelle œuvre qui est née et qui a autant de sens que la première. Enfin, le fait d'avoir laissé passer plusieurs années depuis la publication de son roman (en 2014), lui a permis ainsi qu'à Alain, de creuser des choses et d'en changer d'autres.

Pour Jimmy D., c'est un roman qu'il attendait avec impatience puisqu'il connaissait déjà son auteure, ayant précédemment travaillé avec. Il qualifie donc sa rencontre avec l'oeuvre d'une « lecture plaisir » , et non d'une lecture de producteur. Par la suite, l'histoire lui a trotté dans la tête pendant quelques temps. Très vite, il a pensé au marché anglo-saxon en raison de la nature du projet. En effet, Ceci est mon sexe est un ouvrage romanesque avec beaucoup d'imaginaire et de folie, ce qui ne correspond pas selon lui aux productions françaises du même type, très ancrées dans le réel. C'est pourquoi il ne s'est même pas posé la question de démarcher les diffuseurs français, ainsi il a pu laisser les co-scénaristes très libre dans le format. De fait, la densité du roman a pu aboutir à des épisodes de 60 min et non pas de 52min. La seule contrainte imposée par le producteur a été de restreindre l'histoire au territoire européen, et non pas au monde comme il en est question dans le roman.

Pitch : Les aventures de Trixie-Rose, une femme fontaine, qui pense avoir un don lié à ces orgasmes.

Le travail principal de ré-écriture a donc consisté à resserrer l'oeuvre sur le cœur des personnages principaux. Si le livre original est qualifié de ''très trash'', les co-scénaristes ont pris la direction d'une comédie sentimentale, en gardant un ton moderne et un peu trash. Les épisodes correspondent à de grandes étapes de l'évolution du personnage.

Le dernier point qui a été abordé pour clôturer cette séance, a été de se demander si l'écriture d'un scénario est plus rapide lorsque l'on part d'un livre puisque l'histoire existe déjà.

Pour Alain L, le piège principal est de découvrir qu'au-delà du style et de la plume, il y a des personnages qui ne sont pas actifs et ne sont pas des moteurs de la narration, dans quel cas il est difficile de les mettre en scène.

Jimmy D. ajoute qu'il est plus facile de convaincre un diffuseur lorsque l'adaptation porte sur un best-seller. Dans le cas de Ceci est mon sexe, l'adaptation était seulement liée au désir de travailler sur ce projet.

Quant à l'auteure du livre, elle explique que l'adaptation d'un roman comporte un avantage principal, autre que l'idée sûrement erronée de « gagner du temps ». En effet, le temps de gestation d'un romancier et d'un scénariste ne sont pas les mêmes. L'atout central est donc qu'en passant par un roman, l'auteur a d&ea

FIPA 2017: 30 ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz

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Cette année nous avons participé à la 30ème édition du Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz, qui s'est déroulé du 24 au 29 janvier 2017.    Auteurs, réalisateurs, producteurs, comédiens, journalistes et étudiants de pays du monde entier étaient au rendez-vous pour partager leur point de vue, leurs émotions et surtout, leur talent. 

Des univers audiovisuels aussi nombreux que différents se sont ainsi cotoyés et nous ont fait réfléchir sur l'état et l'évolution du monde. Nous avons eu l'occasion d'assister à de nombreuses projections de long-métrages, de séries télévisées et de documentaires, à des conférences s'interrogeant sur l'évolution numérique et le devenir de la fiction, à des sessions de pitchs…  Nous avons également eu la chance d'interviewer des professionnels. 

Voici quelques retours que nous souhaitions partager avec vous.

Manon, Caroline & Pauline

 

Les articles:

Rencontre avec Claire Barré (auteure), Jimmy Desmarais (producteur) et Alain Layrac (scénariste)

The Callboys : quand le testostérone est au service du second degré

"Die Stille Danach" – Projection et Rencontre avec Nikolaus Leytner

Arte et la marche du numérique

Crime Time – Projection de la 1ère saison et rencontre avec l'équipe

Interview de Nicole Collet, productrice de Manon 20 ans

Preobrazhenie: l'ovni russe

 

Bilan du festival Serie Mania

serie mania

Cette 7 ème saison du festival de séries internationales qui s’est tenu au Forum des images, a été une fantastique occasion de découvrir de nouvelles productions, de rencontrer des professionnels et de voir évoluer l’univers de la série.

Un jury de choix, une programmation remarquable, des invités passionnés et passionnants, une équipe de choc, bref… to be continued.

Impossible de tout voir et de tout faire bien sûr, et je ne vais pas non plus vous détailler les rencontres et remises de prix, car vous pouvez retrouver tout cela, et plus encore, sur le site du festival :

http://series-mania.fr/

 

Voici donc ici,  3 tops 3 de ce que j’ai préféré !

Coup de cœur séries :

Man in High Castle

 

Dernière née d’Amazon et malheureusement pas encore programmée en France, cette fiction est issue des concours de pilote qu’organise Amazon 2 fois par an. On est fan de la méthode et assez scotché par le résultat. Une série adapté d’un roman dystopique de Philip K. Dick : en 1947, l'Allemagne nazie et l'Empire du Japon, ont remporté la Seconde Guerre mondiale et se sont partagés l'occupation des États-Unis.

Un sujet moralement très dur à l’évidence, et assez difficile à encaisser les premières minutes, mais le réalisme visuel créé une véritable surprise, et on se laisse finalement  prendre a ce jeu terrible du « as if… »

 

Jour Polaire

 

Création originale de Canal + qui sera diffusée en septembre prochain. A la lecture du pitch, on était assez septique, car finalement ça nous semblait assez redondant : Björn Stein et Måns Mårlind, showrunners Suédois de Bron, déjà repris par Canal + avec Tunnel, semblaient réchauffer la soupe : 2 flics de nationalités différentes enquêtent sur une série de crime « internationaux » … Mais bon, on a encore craqué pour le côté nordique, la touche d’humour décalée, les paysages sublimes et une musique prenante.

Après l’effet « salle de cinéma » n’y est pas pour rien, et une fois passé sur le petit écran, on garde à l’esprit qu’il s’agira d’une belle enquête mais dans un genre qui ne laisse plus vraiment place a l’originalité. La série se voit décorée du Prix du Public (ex aequo avec la série Beau Séjour).

 

Irresponsable

 

Petite pépite de comédie française, tout droit sorti de la première promotion Série TV de la Fémis, distribuée par OCS, faite avec « peu de moyens mais beaucoup de cœur ». C’est drôle, frais et dans l’air du temps. La série nous confirme que la trentaine est une nouvelle phase de l’adolescence et que ce que la génération Y  fait de mieux, c’est finalement rire d’elle-même. Les plus grands changements de la vie sont parfois ceux auxquels on s’attend le moins, mais c’est peut-être tant mieux. Difficile d’en dire plus sans spoiler, je vous invite donc à déguster cette série en mode coca/pizza/canapé.

 

 

Nos 3 conférences favorites:

 

(que vous pouvez toutes revoir en replay sur le site)

 

Y’a-t-il un rire au féminin ? 

Présenté par un duo dynamique formé par Renan Cros et Yaële Simkovitch. On a rit (quel que soit son sexe)  et on a trouvé ça fin. Ce fut illustré d’extraits très justes mais pas forcement « les plus attendus » donc on a été agréablement surpris, bref ces 1h30 sont passés à une vitesse faramineuse.

Une conclusion qui résonne et à laquelle on adhère totalement: «  le rire dans les séries permet à la femme d’être plus réelle »

 

La rencontre avec Matthew Penn.

 C’est juste le genre de réalisateur avec qui ont aimerait travailler : il aime son métier et ça se sent. Beaucoup de « amazing », « fantastique » et « wonderful » pour désigner ses collègues, il parle de son expérience en l’illustrant d’anecdotes très drôles et  conserve un calme olympien alors qu’une coupure de courant générale plonge les Halles dans le noir (« Guys…I’m still Here ! »). En résumé, vent de charme et d’humour à l’américaine.

 

Violence des séries / violence du monde.

Une conférence qui s’annonçait dure mais nécessaire, largement illustrée par la mythique Game of Thrones, mais également, avec plus de délicatesse et de surprise par une série comme Downton Abbey. Un moment de réflexion très intense mené avec beaucoup de sagesse par Olivier Joyard et Dominique Moïsi, et qu’on aurait aimé voir durer plus qu’1h30.

 

 

 

Les trois moments dont on se souviendra :

 

-Florent Emilio-Siri, le réalisateur de Marseille déclare avoir tenté « d’apporter le cinéma dans la télé ». Une remarque accueillie par un petit vent de protestation par un public « de séries addicts » et relançant l’éternel débat Télé vs Cinéma… Mais ce qui fut vraiment intéressant est l’intervention de Pascale Breton, qui a finalement mis tout le monde d’accord : «  la télé, le cinéma…tout cela n’a pas d’importance en fait, ce qui compte c’est la création ». Merci.

 

-L’annonce de l’ouverture d’une nouvelle « case » en seconde partie de soirée qui sera réservée à la série et de l’achat de la série Mr Robot pour France 2,  la diffusion en exclusivité des 2 premiers épisodes de la série Marseille de Netflix sur TF1 a laissé tout le monde perplexe…

 

-De façon générale, toutes les invités et intervenants étrangers ont exprimés leur joie et leur gratitude d’être à Paris pour ce festival, leurs émotions face à l’accueil chaleureux que le public français avait fait à leurs projets et leur envie de voir éclore davantage de coproductions internationales avec la France. Et ça, ça fait plaisir.

 

En résumé, autant de choses qui laissent présager que la fiction française est en pleine métamorphose, qu’elle est grandement influencée et accompagnée par l’international, et qu’on attend tous avec impatience cette nouvelle ère qui arrive…

 

Céleste

 

 

 

 

 

 

UNREAL, les dessous machiavéliques de la télé-réalité

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Mercredi 20 janvier, nous avons assisté à la projection des deux premiers épisodes de la série UnReal. Cette série montre les coulisses de Everlasting, une téléréalité sur le modèle de The Bachelor, et suit Rachel Goldberg, le « sbire » de la production. Celle-ci a pour mission de créer des situations suffisamment dramatiques en manipulant les candidats afin d’assurer le show et de faire de la « bonne télévision » comme le déclare la productrice, Quinn King, une femme sans pitié prête à tout pour que son émission fasse de l’audience.

Rachel oscille entre coups-bas et culpabilité. Elle attire tantôt l’empathie par son autodestruction et ses états d‘âme et tantôt l’écoeurement par ses actes de manipulation en jouant la carte de la « confidente ». 

Les créateurs de Unreal, Marti Noxon et Sarah Gertrude Shapiro ont l’audace de s’attaquer à la télé-réalité, divertissement préféré des téléspectateurs. Exit la parodie, la série en démonte un à un les rouages.  Elle met en évidence la manipulation omniprésente et la scénarisation pointue au sein ce genre d’émission. Effectivement dans la télé-réalité, la réalité fait place à la télévision et non l’inverse. Devant ou derrière la caméra, personne n’est dupe, tout le monde calcule ses faits et gestes.

Certes, les événements scénaristiques sont souvent attendus, mais la mécanique instaurée ici fait son effet. Entre fascination, dégout et divertissement, la série saura trouver son public. Il est surprenant de pouvoir s’attacher à des personnages qui peuvent être parfois dénués de toute humanité et pourtant c’est possible. UnReal est une mise en abyme du procédé audiovisuel, une critique de la télévision par la télévision et c’est en ça qu’elle est intéressante. Elle nous confronte à notre propre voyeurisme.

Mélisande Girard