Premier retour de Séries Mania : Série = Dystopie ?

Premier retour de Séries Mania

copyrights – Kelija

Le festival Séries Mania s’est achevé il y a 5 jours après avoir rythmé le haut lieu des Hauts-de-France, Lille. Allant du 27 avril au 5 mai, le festival, qui s’était jusque-là déroulé à Paris, a dû se confronter cette année à la concurrence du festival Cannes Séries à moins d’un mois d’intervalle. Pourtant, la victoire revient largement à cette rencontre qui se veut LA rencontre de la série télévisée en Europe et, pourquoi pas, dans le monde.

Lors d’une clôture qui souhaitait indubitablement égaler celle de Cannes (Tapis rouge, Jonathan Lambert en hôte de cérémonie, présence de Xavier Bertrand, président de la région et de Martine Aubry, maire de Lille) et sous un soleil radieux, Laurence Herszberg, la présidente du festival a rappelé que plus de 50 000 spectateurs étaient venus au rendez-vous. Il y avait le choix car ils pouvaient y découvrir des séries inédites venues de toute l’Europe et triées sur le volet, des créations internationales de prestiges (entendez créations américaines) mais aussi rencontrer ceux qui faisaient les séries ou les avaient faites. Pour la France, avec l’équipe de Candice Renoir ou la présence de Kad Merad couronné dans Baron Noir. Pour les Etats-Unis, avec Patrick Duffy l’inénarrable Bobby Ewing de Dallas. Bien d’autres encore mais il ne s’agit pas ici de recopier le catalogue du festival.

En un mot comme en mille, le succès.

                                          

Série = Dystopie ?

 

Ce qui ressort de la programmation et donc d’une certaine tendance de la fiction télévisée en général, c’est le goût de la dystopie qui a su s’imposer dans un nombre étonnant de séries, les unes plus étonnantes que les autres. Ainsi, ces univers dysfonctionnels en majorité dans un monde (relativement) proche, ces utopies négatives (c’est ainsi qu’on définit une dystopie) ont su attirer le regard de la programmation puis celle des jurys. Parmi les Français, on a noté la projection de la très attendue fiction du réalisateur Thomas Cailley (Les Combattants), Ad Vitam. Cette série produite par Kelija (Lagardère Studios) a décroché le prix de la meilleure série française en nous plongeant dans une enquête aussi sombre que son enquêteur Yvan Attal. Dans un monde où un traitement a été mis au point pour ne plus mourir, ni vieillir, une secte d’adolescents commet des vagues de suicides afin de revendiquer leur existence et réduire la majorité désormais imposée à 30 ans. Le mélancolique enquêteur se fera aider d’une réchappée de cette secte, Garance Marillier (Grave) plus rebelle que jamais, et découvrira que ce qui paraît être un simple groupuscule est en réalité symptomatique d’une société qui va mal et s’oublie dans une éternelle jouvence, jusqu’à en oublier la valeur de la mort et, en quelques sortes, celle de la vie. Dans une atmosphère en apesanteur, inondée de lumières saturées (rouge, bleu, blanc), la série nous propose, plus qu’une enquête, une avancée dans un univers tellement aseptisé qu’il en devient malaisant et une plongée dans les doutes des personnages. Ceux de ce vieil enquêteur qui fête ses 114 ans et sera bientôt à la retraite après 90 années de bons et loyaux services, traumatisé pour l’éternité par la disparition de son fils, il y a de cela des dizaines d’années. Les doutes, aussi, de cette jeune fille qui a tenté de se suicider il y a dix ans, et qui, arrivant bientôt à l’âge de la majorité et étant sur le point de commencer le traitement de l’éternelle jouvence, se pose des questions sur son passé mais aussi sur son avenir, dans ce monde surpeuplé où les jeunes n’ont pas de place.

Vous l’aurez compris, votre serviteur a été particulièrement marqué par cette série, non exempte de défauts – notamment une certaine perte de rythme – mais qui est la promesse de belles choses pour notre fiction nationale. Parmi les autres dystopies on notera une autre création française, Nu, celle-là drôle, décalée, osée (pour le moins). On y suit le réveil d’un homme, après 8 ans de coma, dans une France ayant rendu obligatoire la nudité par la Loi Transparence. Entre situations gaguesques et conflits avec les rebelles habillés, l’histoire s’amuse à pousser les limites de la question de nudité. Ses bons côtés (égalité de tous devant la nature, simplicité des relations humaines, …), ses moins bons (absence d’intimité, honte des corps, …).

A l’international, on voyait aussi les (très forts) Israéliens se fendre d’une analyse politique pointue à travers la représentation, dans Autonomie, d’un territoire d’Israël scindé en deux états, celui libéral et laïque du grand Israël et celui fermé et ultra-orthodoxe de Jérusalem, scission qu’un échange d’enfant va pousser vers la guerre. Du côté Américain, on découvrait aussi une série déjà diffusée sur OCS, Counterpart, qui se prévalait de mettre en place un thriller fantastique alternant entre deux réalités de notre monde, chacune reliée à l’autre par un portail caché au fond d’une obscure administration berlinoise. Evidemment, arrivait ce qui devait arriver et un homme, interprété par le génial J. K. Simmons, découvrait alors son double de l’autre côté, évidemment interprété par le même J.K. Simmons.

 

Pourtant, il n’y avait pas que des séries, ni, non plus, que des dystopies à Séries Mania, mais cela nous le verrons à un nouvel épisode.

 

To be continued…

 

Maxime Fournier

Prochain sujet : Les séries comme nouvelles superproductions internationales